La lutte contre la toxicomanie en Espagne s'est intensifiée ces derniers mois avec des initiatives allant des programmes de prévention en milieu scolaire aux campagnes de sensibilisation aux nouvelles substances de synthèse. L'ancien footballeur Julio Alberto Moreno parcourt le pays avec le Relife Circuit , un programme qui a déjà touché plus de 3 000 élèves dans 36 établissements scolaires répartis dans neuf villes, dont Tolède, Palma, Barcelone et Almería. Cette initiative, menée par CaixaBank et la Fondation Relife, associe des conférences sur les drogues traditionnelles à des ateliers sur l'usage responsable du téléphone portable et l'empreinte numérique , une préoccupation majeure chez les jeunes.
Parallèlement, l’Unité communautaire de prévention des dépendances (UCPD) de Dénia a lancé une campagne estivale sous le slogan « Quand l’alcool n’est pas de mise, on se souvient mieux de la fête ». L’idée est simple : les meilleurs moments ne dépendent pas de l’alcool, mais des personnes . Diffusée sur les médias sociaux, la campagne invite les jeunes à réfléchir aux bienfaits qu’ils retirent d’une fête sans alcool : des souvenirs marquants, une plus grande autonomie et des amitiés solides. Les correspondants jeunesse de Dénia ont participé à l’élaboration du message, renforçant ainsi la communication entre pairs.
Nouvelles substances : l'alerte à la flakka en Espagne

Alors que les efforts de prévention sont renforcés, les autorités sanitaires restent vigilantes face aux nouvelles drogues telles que la flakka (ALFA-PVP). Cette cathinone de synthèse, aux effets stimulants similaires à ceux des amphétamines, a été détectée dans huit communautés autonomes depuis 2014, dont Madrid, la Catalogne, le Pays basque et les îles Baléares. Des rapports de l'Institut national de toxicologie et de médecine légale confirment des intoxications graves, parfois mortelles, liées à sa consommation. La substance se présente sous forme de poudre blanche ou multicolore et est principalement consommée par inhalation, provoquant agitation, psychose, arythmies et hyperthermie. Les saisies effectuées à l'aéroport de Barcelone en 2015, avec plus de 300 kilos confisqués, témoignent de l'ampleur du trafic.
Le facteur génétique et l'importance du dépistage précoce
Au-delà des substances elles-mêmes, la recherche scientifique suggère que la génétique joue un rôle important dans la vulnérabilité à la dépendance. Pedro García Aguado, spécialiste des thérapies de la dépendance, a déclaré lors d'un entretien à Talavera que la compréhension de ces facteurs peut améliorer la prévention . Il souligne toutefois que la génétique ne détermine pas le destin d'un individu et que l'environnement et l'éducation sont essentiels. Dans les écoles, les enseignants insistent sur la difficulté de détecter les comportements addictifs, notamment chez les adolescents vulnérables. Le professeur Henar Bobillo, de l'école La Salle Managuá de Palencia, apprécie particulièrement les interventions du circuit Relife, car elles « créent un véritable lien avec les élèves » et les aident à identifier les dangers tels que les traces numériques.
Profils et traitements : le travail d’associations comme GARA
En matière de prise en charge, des organisations comme le Grup d'Addictes Rehabilitats d'Alcoi (GARA) accompagnent une cinquantaine de personnes, de plus en plus jeunes. La psychologue Marta Cloquell explique que la polyconsommation est devenue la norme , associant alcool, cocaïne, LSD ou kétamine , et que les addictions comportementales, comme le jeu en ligne, sont en hausse grâce à l'anonymat. Cloquell insiste sur le fait que la perte de contrôle est le véritable indicateur de l'addiction, et non la fréquence de consommation. Elle critique également le double standard qui banalise l'alcool et le tabac tout en stigmatisant les autres drogues. La majorité des usagers sont des hommes, mais les femmes, bien que moins nombreuses, deviennent dépendantes plus rapidement et ont davantage de difficultés à accéder aux soins en raison de leurs responsabilités familiales.
