Les réseaux sociaux chez les enfants et les adolescents : une étude, des pédiatres et une nouvelle loi en Europe ouvrent la voie

  • Une étude menée auprès de plus de 5 200 élèves italiens associe l'ouverture de réseaux sociaux entre 11 et 12 ans à des résultats moins bons en langue et en mathématiques, équivalents à six mois de scolarité.
  • L’Association espagnole de pédiatrie et la Société espagnole de médecine de l’adolescent recommandent de retarder l’acquisition du premier téléphone portable avec accès à Internet et de limiter le temps passé devant les écrans en fonction de l’âge.
  • La France a approuvé une interdiction d'accès aux réseaux sociaux pour les enfants de moins de 15 ans, et l'Espagne envisage de relever cet âge à 16 ans, suivant ainsi une tendance européenne croissante.

Enfants et adolescents utilisant les médias sociaux

Le débat sur l'utilisation des réseaux sociaux par les enfants et les adolescents a pris une nouvelle dimension ces derniers mois. Alors que la communauté scientifique fournit des données de plus en plus solides sur les effets d'un accès précoce à ces plateformes, les gouvernements européens commencent à agir en adoptant des réglementations concrètes. L'enjeu ne se limite pas à la santé mentale ou à la réussite scolaire ; il s'agit aussi de savoir comment les familles et les institutions peuvent accompagner les mineurs dans un environnement numérique qui, par essence, vise à capter leur attention.

Une étude publiée dans la prestigieuse revue Nature Human Behaviour a analysé les données de plus de 5 200 élèves italiens âgés de 11 à 15 ans et a mis en évidence une corrélation nette : ceux qui ont ouvert leur premier compte sur les réseaux sociaux à 11 ou 12 ans ont obtenu des résultats inférieurs en français et en mathématiques à ceux qui ont attendu l’âge de 14 ou 15 ans. Selon les chercheurs de l’Université de Milan-Bicocca, dirigés par Marco Gui, cette différence équivaut approximativement à six mois de scolarité. Cette étude, considérée comme la première recherche longitudinale et quasi expérimentale au monde sur ce lien, suggère que l’utilisation intensive du téléphone portable et un manque de supervision parentale pourraient expliquer ces résultats.

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Une étude italienne établit un lien entre l'utilisation précoce des médias sociaux et de moins bonnes performances scolaires.

Des adolescents avec des téléphones portables en classe

Des chercheurs ont combiné des tests standardisés d'italien, d'anglais et de mathématiques avec des enquêtes menées entre 2023 et 2024 dans 28 écoles du nord de l'Italie. Les élèves ont indiqué la date de création de leur premier compte sur des plateformes telles que Facebook, Instagram ou TikTok. Ceux qui se sont inscrits entre 11 et 12 ans ont obtenu des scores inférieurs à ceux qui l'ont fait à 14 ou 15 ans. De plus, ces mêmes élèves consultaient leur téléphone plus fréquemment et déclaraient bénéficier d'une surveillance parentale moindre.

Lucas Gortázar, chercheur en politiques éducatives et directeur du département Éducation d'EsadeEcPol, a salué l'étude comme une avancée majeure. S'adressant au Centre des médias scientifiques d'Espagne, il a souligné qu'il s'agissait de la première contribution de ce type dans ce domaine et que les résultats indiquent la nécessité de repousser l'âge d'utilisation des réseaux sociaux chez les adolescents à 15 ou 16 ans au plus tôt. Les auteurs de l'étude appellent toutefois à la prudence : une analyse plus approfondie est nécessaire, notamment sur des facteurs tels que le type de contenu consommé, le contexte familial et les habitudes d'étude.

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Des pédiatres espagnols réclament un accès différé aux technologies et une limitation du temps passé devant les écrans.

Enfant regardant une tablette

Parallèlement, l'Association espagnole de pédiatrie (AEP) et la Société espagnole de médecine de l'adolescent (SEMA) ont apporté leur soutien au rapport du Groupe spécial de la Commission européenne sur la sécurité des enfants en ligne, tout en le jugeant insuffisant. Ces deux sociétés savantes préconisent des mesures plus strictes que celles proposées par Bruxelles, s'appuyant sur leur propre Plan numérique pour la famille, mis à jour en 2023. Si le document européen ne fixe pas de limite de temps d'écran pour les enfants de plus de 3 ans, les pédiatres espagnols recommandent d'éviter tout contact avec les écrans entre 0 et 6 ans, sauf exceptions supervisées. Pour les enfants de 7 à 12 ans, ils conseillent de limiter le temps d'écran à une heure par jour maximum, et pour les adolescents de 13 à 16 ans, à moins de deux heures, temps scolaire compris.

Concernant les réseaux sociaux, la proposition européenne suggère d'en limiter l'accès jusqu'à 13 ans et d'accorder une plus grande autonomie ensuite. Cependant, les pédiatres espagnols recommandent de retarder autant que possible l'acquisition du premier téléphone portable avec accès à Internet et l'utilisation des réseaux sociaux . Le Dr María Angustias Salmerón, présidente de la Société espagnole de pédiatrie (SEMA), explique que le début de l'adolescence est une période particulièrement vulnérable sur le plan neurodéveloppemental, car les zones cérébrales liées à la récompense arrivent à maturité avant celles liées à la maîtrise de soi. Les jeunes sont ainsi plus sensibles aux mécanismes de persuasion de ces plateformes.

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Les experts soulignent que des preuves scientifiques établissent un lien entre l'utilisation inappropriée des écrans et les troubles du sommeil, la sédentarité, les problèmes d'attention, l'anxiété, la dépression et une faible estime de soi . Ils insistent donc sur le fait que la protection des enfants dans l'environnement numérique doit être considérée comme un enjeu de santé publique , impliquant une éducation à la culture numérique, un soutien aux familles et une réglementation obligeant les plateformes à concevoir par défaut des services sécurisés.

La France interdit les réseaux sociaux aux enfants de moins de 15 ans, et d'autres pays européens suivent son exemple.

Un adolescent avec un téléphone portable dans la rue

Le Parlement français a approuvé une loi interdisant l'accès aux réseaux sociaux aux moins de 15 ans, une mesure qui entrera en vigueur le 1er septembre 2026. La France devient ainsi le premier pays d'Europe à adopter une telle restriction , suivant l'exemple de l'Australie où l'accès est interdit aux moins de 16 ans depuis décembre 2025. La législation française prévoit des exceptions pour les services éducatifs et les encyclopédies en ligne, et donne aux plateformes jusqu'au 1er janvier 2027 pour supprimer les comptes des utilisateurs de moins de 15 ans.

La loi renforce également les restrictions concernant l'utilisation des téléphones portables dans les établissements scolaires, même si chaque école pourra prévoir des dérogations. Elle ne prévoit aucune sanction pour les mineurs ni leurs parents. La ministre déléguée à l'Intelligence artificielle et aux Affaires numériques, Anne Le Hénanff, a affirmé que l'objectif était réalisable, malgré les doutes de certains parlementaires quant à la faisabilité des délais de mise en place des systèmes de vérification de l'âge.

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La décision française s'inscrit dans une tendance mondiale. Le Danemark a proposé de restreindre l'accès à ces plateformes aux moins de 15 ans , avec d'éventuelles dérogations parentales pour les utilisateurs âgés de 13 ans et plus. La Grèce prépare une initiative similaire et l'Irlande envisage de suivre l'exemple de la France. En Espagne, le Premier ministre Pedro Sánchez a annoncé en février son intention de relever à 16 ans l'âge minimum d'accès à ces plateformes. Toutes ces initiatives doivent être conformes au règlement européen sur les services numériques, qui autorise les États membres à fixer l'âge minimum entre 13 et 16 ans, sans toutefois imposer d'obligations contraires au droit de l'Union.

La présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, a manifesté son intérêt pour l'élaboration d'une réglementation commune harmonisant les critères entre les États membres. Parallèlement, les données scientifiques et les recommandations des pédiatres s'accordent sur un point : limiter l'accès des enfants aux réseaux sociaux et encadrer leur utilisation est essentiel pour préserver leur santé, leur bien-être et leur développement scolaire. La combinaison d'études rigoureuses, d'avertissements d'experts et de mesures législatives concrètes laisse entrevoir une protection de l'enfance dans l'environnement numérique qui commence à se dessiner, même si le chemin à parcourir est encore long.

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